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Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
Unique

La 13ième constellation (Le Serpentaire) - Pascal Rousseau - Juin 2018

L'oeuvre de Vincent Beaurin est une exploration sensible des couleurs, des surfaces et des matériaux. Trouver la forme la plus juste afin de laisser se déployer dans l'espace une couleur vivante et atmosphérique. Pour obtenir l'effet hypnotique de ces disques irradiants, l'artiste prend soin d'assumer l'intégralité du processus de fabrication, jusqu'aux fonctions les plus rituelles d'affinage de la forme. L'artiste dégrossit ses spots de polystyrène au moyen d'une scie dentelée et d'une brosse grattoir, sans réelle possibilité de repentir, revendiquant le « savoir-faire » d'une production sur mesure. Par ce ciselage de formes libres et autonomes dans l'espace, cette oeuvre se rattache à l'héritage de l'abstraction moderniste, tout en rejoignant une histoire esthétique de plus long terme qui, de Turner à Kandinsky, s'attache à révéler, dans l'activité des seuils de la couleur, les frontières du visible.  
 
On pourrait parler d'une recherche de la forme primordiale dont les contours, instables, se font et se défont dans le frayage progressif de la couleur. Car le travail sur la vibration chromatique est tout autant sophistiqué. Vincent Beaurin recouvre ses ocelles de billes de verre et paillettes de verre, puis, après avoir encollé la pièce avec de la résine qui fait office de fixateur, il saupoudre la surface de ces paillettes colorées qui résistent à toute altération d'une exposition à la lumière, à l'effet corrosif des ultra-violets. Il répète cette opération plusieurs fois après séchage. C'est la multiplication de ces fines couches pelliculaires qui optimise le subtil effet de vibration, sur le principe du mélange optique des couleurs porté à son meilleur par des nuances de teintes et de valeurs partagées entre le centre et la périphérie du tableau (Vincent Beaurin est un fervent lecteur du Traité des couleurs de Goethe).

Cet effet d'aura renvoie littéralement à ce que Walter Benjamin entend par « l'ici et maintenant de l'oeuvre, l'unicité de sa présence au lieu où elle se trouve ». La surface irradie autour d'elle tout en maintenant une distance pour éviter de dégrader cette présence en simple fait visuel. Regard tactile et présence au lieu vont ici de pair : ils sont une affaire d'équilibre et de tact. La forme des disques résulte d'une progressive érosion des volumes et des surfaces, proche de l'affutage artisanal dont la précision affirme la complexité technique du geste pour arriver à une limite soigneusement ajustée. De quelle limite s'agit-il? Celle d'un encombrement ad minima des corps. Etre à la fois très présent dans le champ visuel tout en disparaissant comme objet : cerné et insaisissable, simultanément. Les Ocelles donnent corps à ce que Goethe appelle poétiquement une image lumineuse (Lichtbild). On pense alors aux corps célestes, non seulement au soleil mais aux astres voire aux planètes.
 
Dans La 13ième constellation (Le Serpentaire), réalisé spécifiquement pour sa première exposition à Barcelone, Vincent Beaurin se fait ciseleur d'astres. La partition de ces ocelles produit une courbe aux résonances cosmiques : ou comment penser l'abstraction en peinture comme une manière sensible de trouver sa place dans l'univers complexe des formes, des sensations et des relations. Treize Ocelles forment un alignement d'étoiles. Le nombre est choisi. Il renvoie ici à la « treizième constellation » dite « serpentaire » dans le vocabulaire de l'astrologie. Bien que sujette à discussion chez les spécialistes des signes du Zodiaque, cette 13ième constellation, illustrée dans la tradition par un homme portant autour de lui un serpent (il s'agit d'Asclépios, médecin qui selon la mythologie grecque, aurait tué un serpent et vu un second le ranimer avec des herbes). Située entre les constellations du Scorpion et du Sagittaire, elle est représentée symboliquement par un serpent enveloppant un bâton, devenu emblème de la médecine. On dit volontiers que ce signe est porteur d'harmonie et de bien-être.

C'est ce serpent enroulé autour du bâton que les archéologues catalans ont retrouvé en 1909 dans les ruines d'Empuries, aux côtés d'une statue grecque assez rapidement identifiée à la figure mythologique d'Asclépios, le dieu gréco-romain de la médecine. Ce qui nous renvoie à un principe cher à Vincent Beaurin : la catharsis des couleurs. La contemplation de ces ocelles en suspends est propice à la recherche d'un bien-être physique et mental (Goethe parlait de « rose des tempéraments»). Leur fixation absorbée permet de s'abstraire pour mieux éprouver la sensation d'être au monde. Elle instaure ce que François Roustang, grand défenseur du retour de l'hypnose dans le champ thérapeutique, a pu appeler une vigilance qui « nous fait accéder au pouvoir de configurer le monde ». La « 13ème constellation » de Vincent Beaurin est le tremplin d'une rêverie introspective où se joue un authentique pouvoir organisateur de l'individu face à son environnement. Ni point de fuite, ni ligne d'horizon, elle nous installe dans un état grisant d'apesanteur. Luxe, calme et volupté, sous le signe bienfaisant du Serpentaire.

Domenico de Chirico, Milan, Mars 2018.

'D'abord, il faut admettre que cet univers est un animal, qui renferme en lui-même tous les animaux, et qu'il y a en lui une âme, qui se communique à toutes ses parties' Plotin, Ennéade IV , Livre 4, édition originale, III-IVième siècle.

La doctrine du philosophe antique grec Plotin nait du constat que l'unité est essentielle à la vie. Plotin appelle Ame du monde - aussi connu en latin comme Anima Mundi - le principe vital à partir duquel les animaux, les humains et les plantes prennent forme. C'est à partir de ce principe universel qu'il est possible de comprendre les degrés inférieurs de la nature et non vice versa. Selon Plotin, la vie n'opère pas en assemblant des individualités pour en faire des organismes plus évolués et intelligents, l'intelligence doit être déjà présente dans la vie même. Les idées doivent cependant rester en soi transcendantes, expressions d'un même intellect, qui se pensant lui-même, se fait objet. L'Être et la pensée forment donc un unicum. Dans la pratique esthétique et formelle de l'artiste Vincent Beaurin, cet unicum pourrait correspondre à la Nature qui, du principe unique crée le multiple; lorsque les organismes/éléments singuliers, s'articulant et se distinguant par leur spécificité, se liant étroitement à d'autres, produisent un mécanisme qui a priori n'existe que dans l'individualité de l'oeuvre unique. Les principaux éléments du travail de Vincent Beaurin sont rassemblés dans cette scénographie: les couleurs et leur énergie, l?air et la lumière, le corps, la figure, la sinuosité et le scintillement - l'unicum est là, sous la forme de particules étincelantes, se manifestant sans cesse et à chaque fois, d'une manière différente dans chaque élément - et enfin, l'abstraction qui s'entend comme une pulsion vers une vision plus large et plus totale, qui irradie, se manifestant dans un jeu incessant de va et vient. La lumière joue un rôle fondamental dans ce mouvement cyclique. Une luminosité est toujours présente dans les oeuvres de Vincent Beaurin. C'est presque comme si ses oeuvres conservaient l'élément lumineux en elles-mêmes, et cette lueur semble renvoyer à cet unicum, qui, comme précédemment énoncé, est divisé et uni, et se manifeste dans toute sa diversité à travers la couleur, qui petit à petit devient matière. Son travail en tant que sculpteur consiste à résoudre et équilibrer des pressions réciproques, en particulier entre un corps en devenir et l'espace qui le contient, sans oublier tout ce qui est déjà présent dans l'espace. Cette étude attentive est évidente dans cette exposition au Musée National de Céamique - Sèvres - Cité de la céramique - dans laquelle les oeuvres de Vincent Beaurin, tout aussi légères que pesantes, semblent danser avec le milieu hôte accueillant. C'est presque comme si leur lumière embrassait les éléments environnants,dans une association solidaire qui amplifie le sens du tout, immanent dans son oeuvre, et que toute chose s'inscrivait dans cet évènement. Ce faisant, portant les éléments au-delâ de leur spécificité, les contours deviennent flous, tout est illuminé. L'air, porteur de lumière, ainsi que le souffle entendu comme une force radiante, semblent jouer un rôle important dans cette « démarche » enveloppante et dynamique. Tout parle de ce qui se cache dans la couleur et de ce qui se cache dans l?intimité de la matière. C'est comme s'il y avait deux types de lumière : l'une qui illumine les objets et se distingue de l'ombre, l'autre pour lequel les mêmes objets ne représentent pas des obstacles ni des écrans prédéterminés, parce qu'ils sont des éléments autonomes qui se définissent plus précisément encore la nuit ou dans un état agréable de quiétude. Chaque oeuvre d'art est placée dans l'espace, produisant un effet qui, par ses qualités peu communes, peut se définir comme « aura ». Chaque oeuvre est l'aura d'elle-même et, en même temps, l'aura d'un appel lointain qui devient de plus en plus proche.

MEMENTO VIVI - Clément Dirié - Juin 2017

Les oeuvres de Vincent Beaurin sont des témoins, tranquilles, telluriques, rayonnants.

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Les oeuvres de Vincent Beaurin sont des instruments de mesure, du proche et de l'inatteignable, de l'homme et du paysage, du trouble et de l'histoire de l'art.

Venu de l'artisanat par sa formation de ciseleur à l'École Boulle, reconnu comme designer pour sa collection 'Noli me tangere' (1994) et ses collaborations avec la Galerie Néotù, Andrée Putman et Alessandro Mendini, Vincent Beaurin accorde une importance cruciale à la justesse des formes et à la complétude de leur réalisation, conférant à ses oeuvres une certitude assurée, quelles qu'en soient leurs dimensions. Cette certitude, cette évidence, c'est celle procurée par un langage plastique pré-sémiotique : les couleurs ne sont ni signalétiques ni symboliques mais émotionnelles et atmosphériques ; les formes ne sont pas complexes mais élémentaires et organiques ; le sens n'est jamais transcendant mais immanent. Tout est là, donné à voir, manifeste, comme au petit matin d'un jour de canicule ou au lendemain mouillé d'un orage grandiose. Les paysages, les climats, le monde minéral, le cycle du soleil forment l'horizon d'un artiste de la contemplation qui réconcilie dans ses oeuvres peinture et sculpture, surface et volume, textures et contours, présence à soi et réflexion sur l'espace. Car il ne s'agit pas seulement de créer, il faut également montrer, organiser l'articulation des oeuvres entre elles au sein de dispositifs qui les révèlent, les mettent en relation et leur permettent d'englober le spectateur, de le dépasser pour mieux le piéger et l'intégrer (Hand-made colour sculptures: some are paintings, some are statues, 2017, dans L'Expérience de la couleur, Musée national de Céramique, Sèvres, 2017-2018; Etat alchimique, Fondation Brownstone, Paris, 2017; Couronne, 2013; Le Spectre, Atelier Cézanne, Aix-en-Provence, 2010; Avant la panique, Crédac, Ivry-sur-Seine, 2006; The Fun of the Past, Mudam, Luxembourg, 2006; Yanomani, l'esprit de la forêt, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, 2003).

Les oeuvres de Vincent Beaurin sont des intermédiaires, légers, sentimentaux, résistants.

Jamais lisses, parfois abruptes, toujours physiques, elles sont comme ces osselets, silex et cailloux qui, parfois, surgissent à leurs surfaces et que nous aimons manipuler au creux de nos mains. Memento vivi. Elles nous demandent d'être là et de nous situer, de s'abstraire de notre monde liquide pour établir une zone de contact à investir physiquement et sensuellement, en état d'introspection et d'écoute. Elles offrent pour cela une harmonie poudrée, un calme intense, une sérénité vigoureuse, celle bien sûr de l'alchimiste mais surtout celle d'un artiste aspiré par une quête radicale : celle de la mise à nu des phénomènes optiques et picturaux, des correspondances et des synesthésies, d'un état sincère du monde et de l'art.

Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
Unique
Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
Unique
Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
Unique
Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
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Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
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Vincent BEAURIN Ocelle, 2018.
Ocelle, 2018.
Polystyrène, verre.
Ø 71 x 13,5 cm
Unique